Bioéthique : le Dr Ameisen déplore une confusion entre recherche et pratique médicale

vendredi 3 juin 2011
par  Yolande BERTRAND-LABORDE
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Réagissant à l’interdiction de la recherche sur les cellules souches   embryonnaires humaines adoptée par les députés, le Dr Jean-Claude Ameisen estime qu’il y a une confusion "entre les situations ou la recherche pose des problèmes éthiques et les situations ou la recherche intervient en aval."

« A partir du moment où on décide qu’il est licite de détruire des embryons surnuméraires ou des embryons lors d’un diagnostic pré-implantatoire [destiné à éviter la transmission d’une maladie génétique incurable], est-ce que ça a du sens de dire on n’a pas le droit de tirer de cette destruction des connaissances nouvelles ? »

Le Dr Jean-Claude Ameisen, immunologiste, président du comité d’éthique de l’Inserm et membre du Comité consultatif national d’éthique, réagissait ce matin sur France Inter à l’adoption en seconde lecture à l’Assemblée nationale de la loi relative à la bioéthique, mardi 31 mai. Concernant les recherches sur les cellules souches   embryonnaires humaines, les députés sont revenus sur les propositions des sénateurs, qui souhaitaient une autorisation encadrée. Les députés ont eux maintenu l’interdiction, avec dérogations soumises à l’approbation de l’Agence de biomédecine.

« Il y a toute une série de circonstances dans lesquelles il y a destruction de l’embryon et le fait qu’il y ait ensuite recherche sur leurs cellules ou pas ne change absolument rien au destin de l’embryon » a expliqué Jean-Claude Ameisen.
« Il y a dans le discours et dans l’élaboration de la loi, me semble-t-il, une confusion, comme si détruire un embryon sans faire de recherche était moralement acceptable mais qu’essayer d’acquérir à partir de cet embryon détruit des connaissances nouvelles était en soit transgressif. Ce qui me parait gênant c’est de considérer que la recherche de connaissance pose un problème moral, même si ce n’est pas cette recherche qui est à l’origine d’une conduite. »

« Il y a une confusion entre les situations ou la recherche pose des problèmes éthiques et les situations ou la recherche intervient en aval, sans rien changer aux conduites » a poursuivi l’immunologiste de l’Inserm. Ainsi, «  dire aujourd’hui que les cellules souches   embryonnaires sont importantes et que donc il faudrait créer des embryons à seule visée de recherche [comme l’autorise la Grande-Bretagne, NDLR], c’est une question éthique radicalement différente de celle qui consiste à dire : lorsque nous détruisons un embryon, s’interdire d’acquérir des connaissances nouvelles à partir de ces cellules parait absurde. Or on entend souvent le discours il faut protéger les embryons de la recherche. Dans le cadre de la législation française faire ou ne pas faire de la recherche ne protège en rien les embryons. »

Le Sénat examine le texte de loi en seconde lecture à partir du 8 juin.


Source : sciencesetavenir.fr
03/06/11


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