Cornée artificielle : une lueur d’espoir

jeudi 26 août 2010
par  Pierre PETITGAS
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Un prototype, fabriqué à partir de collagène humain, a obtenu des résultats encourageants chez dix malades.

C’est un nouveau pas dans le défi des cornées artificielles. En greffant un modèle de cornée   biosynthétique à dix patients, une équipe de chercheurs canadiens et suédois a amélioré la vision de six d’entre eux, avec deux ans de recul. Ces résultats, encore préliminaires, sont publiés jeudi dans la revue Science Translational Medicine.

Cornée biosynthétique Membrane transparente située à l’avant de l’œil, qui laisse passer la lumière vers la rétine, la cornée   peut être atteinte par de nombreuses pathologies : infections, dégénérescences… Les lésions peuvent aussi être consécutives à un traumatisme, lors d’un accident ou d’une intervention chirurgicale - notamment pour la cataracte. Quelle que soit son origine, l’opacification de la cornée   conduit à une baisse d’acuité visuelle. Dans le monde, les cécités cornéennes touchent dix millions de personnes, selon l’Organisation mondiale de la santé, c’est la quatrième cause de cécité sur la planète.

Les cas sévères relèvent d’une greffe  , à partir d’un donneur décédé. Pratiquées depuis 1887 (ce furent les premières greffes de tissu   réussies chez l’homme), elles obtiennent de bons résultats dans 50 à 90% des cas, selon l’indication. La cornée   étant quasiment dépourvue de vaisseaux et de cellules, le risque de rejet   est relativement réduit. Il est prévenu par des traitements locaux. « Le problème fondamental de ces transplantations  , c’est le déficit sévère de donneurs, qui laisse sans traitement environ 10 millions de personnes, et 1,5 million de nouveaux cas de cécité chaque année », soulignent May Griffith et ses collègues dans Science translational medicine. Si la pénurie est cruciale dans certains pays, elle épargne relativement la France ces dernières années. Environ 3000 greffes de cornée   y sont réalisées annuellement, « avec un temps d’attente inférieur à six mois », estime le Pr Gilles Renard, chef du service d’ophtalmologie de l’Hôtel-Dieu (Paris). Les auteurs de l’article pointent par ailleurs les risques d’infection par des virus ou des prions, à partir du donneur.

Pour éviter ces écueils, les chercheurs sont en quête d’alternatives aux greffes de cornées humaines, soit avec des prothèses, soit avec des tissus   biosynthétiques mimant une ou plusieurs couches de la cornée  . C’est cette voie qu’a choisie l’équipe de May Griffith, qui travaille depuis une dizaine d’années sur le sujet. En laboratoire, elle a reconstruit une couche de cornée   à base de collagène humain. Les prototypes ont été greffés à dix malades, dont neuf étaient atteints de kératocône  , une dégénérescence de la cornée   qui se traduit par son amincissement et sa déformation progressive en cône.

Kératocône Avec deux ans de recul, aucun rejet   n’a été observé, sans aucun traitement. Et des cellules nerveuses ont repoussé dans l’implant, aboutissant, à « une cornée   régénérée ressemblant à du tissu   normal ». Concrètement, la vision s’est améliorée chez six patients, avec une acuité visuelle au bout de vingt-quatre mois de l’ordre de 2/10e avec lunettes, 4,8/10e avec lentilles de contact. « Leur vision avec lentilles est équivalente à celle de patients ayant bénéficié d’une greffe   cornéenne conventionnelle », insistent les auteurs, qui continuent à perfectionner leur prototype alors que de nouveaux essais sont prévus. « Ces chercheurs ont choisi des malades avec kératocône  , qui sont parmi les indications les plus faciles. Quant à leurs résultats, ils restent nettement en deçà de ceux des greffes humaines traditionnelles, tempère le Pr Renard. C’est une piste de recherche intéressante, mais il reste encore du chemin à parcourir. » Une analyse partagée par le Dr Louis Hoffart, du service d’ophtalmologie du CHU de la Timone (Marseille). « C’est un premier pas, mais on ne sait pas encore à quelles indications ces cornées biosynthétiques pourraient s’adresser ».

De son côté, cet ophtalmologiste explore une voie complémentaire, celle de prothèses cornéennes totalement synthétiques. L’équipe marseillaise est la seule en France à tester un modèle américain, appelé Alphacor, chez des patients où la greffe   traditionnelle est contre-indiquée. Depuis avril 2009, douze malades - dont l’un avait eu jusqu’à sept rejets de greffe   - en ont bénéficié. La prothèse a dû être retirée chez quatre d’entre eux. « Une amélioration a été obtenue chez les autres, avec une acuité visuelle entre 1 et 3/10e », précise Louis Hoffart. Un résultat encourageant chez des personnes qui ne distinguaient plus guère que la lumière. Cette prothèse a déjà été implantée à 400 patients dans le monde. D’autres modèles sont à l’essai.


Source : Le Figaro, Sandrine Cabut


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