Greffes d’organes et commerce du corps humain

samedi 17 avril 2010
par  Pierre PETITGAS, Yolande BERTRAND-LABORDE
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Dans la Revue médicale suisse, Jean-Yves Nau revient sur le récent livre du sociologue Philippe Steiner intitulé La transplantation   d’organes ; un commerce nouveau entre les êtres humains [1].

Cet ouvrage reprend l’histoire de la greffe   d’organe : celle-ci a été permise par les progrès conjugués "de la réanimation   médicale, de la chirurgie de transplantation   et de la maîtrise médicamenteuse croissante des phénomènes de rejet   immunitaire"
.

Cette histoire se déroule en trois actes.

- Le premier commence avec la 23e réunion internationale de neurologie en 1959, qui fut suivie par une publication historique dans la Revue Neurologique concernant des malades placés sous ventilation, possédant une fonction cardiaque et respiratoire, mais ne présentant plus aucune activité cérébrale.
Ces malades ne peuvent plus respirer dès lors que la réanimation   est interrompue : les auteurs de l’article, M. Goulon et P. Mollaret proposent de désigner cet état par l’expression de "coma dépassé  ". Il s’agit d’une "révolution dont on peine alors à saisir la portée".
Transplantation
Personne ne prévoit, à la fin des années 1950 que cet état de "coma dépassé  " permettra un jour d’effectuer des prélèvements d’organes. Pourtant la chirurgie de transplantation   progresse rapidement ainsi que la "compréhension des mécanismes de rejets de greffons". Peu à peu, les corps des personnes maintenues en situation de "coma dépassé  " deviennent "la principale source de greffons : cette situation permet [...] de disposer d’organes qui continuent à être perfusés, nourris et oxygénés". 



- Le deuxième acte se résume aux premiers essais de greffes rénales réalisées à Paris dans les années 1950 et qui échouèrent, ainsi que les greffes cardiaques effectuées avec succès dix ans plus tard.

- Enfin, la dernière étape a commencé lorsque fut démontrée l’efficacité de la ciclosporine   : "une simple molécule venue du froid pouvait gommer les frontières séparant le soi de ce qui lui était jusqu’alors étranger, ennemi". Ce sont donc les avancées réunies de la réanimation  , de la chirurgie et de l’immunologie qui ont rendu possibles les greffes d’organes. 


Jean-Yves Nau ajoute que le regard sociologique de cet ouvrage permet de saisir avec précision "de quoi il retourne dans l’incorporation des pièces détachées du corps humain et ce dans un marché et un monde ‘globalisés’". L’auteur explique que depuis les années 1960, la transplantation   "fait l’objet d’intenses débats tant elle soulève des problèmes complexes liés au passage de la frontière de la peau et à celui entre la vie et la mort. [...] Les parties du corps deviennent [...] une nouvelle classe de ressources dont les chirurgiens s’emparent pour soigner ceux dont un organe est défaillant en puisant dans le corps des personnes mortes ou vives".

L’ouvrage de Philippe Steiner soulève ainsi le problème fondamental de la définition de la mort humaine et les questions complexes afférentes au concept de "consentement présumé". Mais également un autre fait essentiel, très actuel : “l’irruption du ‘commerce dans ce qui ne voulait jusqu’ici être présenté par ses acteurs que comme une chaîne de solidarité biologique humaine se jouant, précisément, de la mort”. 




Source : Revue médicale suisse (Jean-Yves Nau) 14/04/10


[1Philippe Steiner, La transplantation d’organes ; un commerce nouveau entre les êtres humains, Gallimard, Bibliothèque des sciences humaines, Paris, 2010


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