Loi de bioéthique, un débat qui divise les sénateurs

mardi 12 avril 2011
par  Pierre PETITGAS
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Le débat sur le projet de loi de bioéthique  , qui a débuté mardi au Sénat et doit se prolonger jusqu’à la fin de la semaine, s’annonce complexe et très agité.

La commission des Affaires sociales du Sénat a déjà sérieusement remanié le texte proposé, en autorisant sous conditions la recherche sur l’embryon, et en rendant systématique la proposition de dépistage prénatal du handicap à toutes les femmes. 170 amendements ont déjà été déposés, et devront être discutés.

 La recherche sur l’embryon en question

L’Alliance pour des Droits de la vie (ADV), une association créée en 1993 par Christine Boutin, s’oppose à ces deux points en soulignant que dans le premier cas, les recherches sur l’embryon n’ont abouti à aucun résultat thérapeutique. Bioéthique
« Cette tentative de libéraliser la recherche sur l’embryon ne nous satisfait pas, a indiqué récemment à Strasbourg, Xavier Mirabel, président de l’ADV. C’est le début de la vie humaine qu’on ne veut pas instrumentaliser. »

Jusqu’à présent, la recherche sur l’embryon en France était dérogatoire. « Nous ne trouvons pas cela satisfaisant, a encore précisé Xavier Mirabel, mais nous préférons le statu quo à une libéralisation. »

Pour ADV, la recherche sur l’embryon n’a pas donné de résultats tangibles en France, contrairement à celle menée sur les cellules de cordon ombilical prélevées à la naissance. « C’est là que la France est en retard, souligne le président de l’ADV. Il faut développer des banques de sang de cordon  , et focaliser les finances publiques sur cette recherche. »

Une position que ne partagent pas bon nombre de chercheurs, qui plaident pour que les cellules embryonnaires humaines puissent être utilisées, comme dans les pays anglo-saxons, pour faire avancer la recherche fondamentale, mais aussi appliquée. Coïncidence des dates, le 31 mars dernier, une première scientifique française a été publiée dans une revue spécialisée internationale : des résultats obtenus grâce à la recherche sur les cellules souches   embryonnaires humaines.

Une équipe de scientifiques de l’Inserm, financée notamment par les dons du Téléthon, a réussi à identifier des mécanismes jusqu’alors inconnus, impliqués dans la dystrophie myotonique de Steinert, dystrophie musculaire de l’adulte la plus fréquente en France avec 7000 à 8000 malades. Ces résultats ouvrent la voie à une recherche sur des outils thérapeutiques, mais aussi à d’autres identifications de mécanismes dans des maladies plus fréquentes, comme la maladie de Huntington.

 Dépistage prénatal du handicap

L’ADV a vu dans cette annonce une tentative de manipulation du Sénat et a appelé « les sénateurs à ne pas céder à des déclarations orchestrées au cœur du processus législatif »

Un autre combat de l’ADV porte sur le dépistage prénatal du handicap. Dans la mouture du texte proposé au Sénat, les députés avaient introduit une phrase spécifiant que ce dépistage serait proposé par le médecin « lorsqu’il l’estimera nécessaire ». Une disposition saluée par l’ADV, qui ne voit dans ce dépistage qu’une forme d’eugénisme. « On dit que les parents sont libres de choisir, relève Xavier Mirabel, lui-même père d’un enfant trisomique. Mais après le dépistage d’une trisomie, 96 % des parents choisissent d’interrompre la grossesse. Que se passerait-il si l’autisme était décelable par l’amniocentèse ? Nous sommes convaincus que la fragilité doit avoir toute sa place. »

En revanche, cette restriction au dépistage avait fait bondir le corps médical, comme l’explique le Pr Israël Nisand, gynécologue obstétricien à Strasbourg. « Je suis allé au Sénat, pour expliquer que voter cette loi avec ces six mots était une catastrophe. Je suis d’accord pour donner plus d’explications aux femmes, mais permettre à des médecins de décider à qui ils vont proposer le dépistage, c’est impensable ». La commission du Sénat a finalement supprimé la phrase litigieuse dans le projet soumis au débat et au vote.


Source : Geneviève Daune-Anglard sur L’Alsace.fr


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