Miraculée grâce à une greffe inédite au CHUV

jeudi 10 juin 2010
par  Pierre PETITGAS
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TRANSPLANTATION   | Ce n’est pas une greffe   standard qu’a effectuée le Pr Hans-Beat Ris.

En rétablissant des structures coupées lors de l’ablation du poumon malade de Lise, le chirurgien a défriché un terrain vierge.
Les héros de cette aventure extraordinaire témoignent.

Poumons Implanter deux poumons dans une cage thoracique de laquelle un poumon malade avait été enlevé : du jamais-vu. Lise revient de loin. « C’est magnifique », témoigne son mari, David. Difficile d’imaginer que l’alerte jeune femme de 33 ans, jeans et mocassins d’été, se trouvait voici trois mois entre la vie et la mort. « Durant plusieurs semaines dramatiques, raconte le Pr Hans-Beat Ris, du CHUV, qui l’a opérée, on ne savait pas si elle serait encore vivante le lendemain. »

Plongée dans un coma artificiel durant près de deux mois, maintenue en vie par la machine cœur-poumon qui avait pris le relais de son seul poumon gauche infecté et hors d’usage, la jeune femme originaire du Kenya était en attente d’une transplantation  . « Nous l’avions mise en liste superurgente, elle n’aurait pas tenu beaucoup plus longtemps », expliquent les professeurs Ris et John-David Aubert, pneumologue responsable de l’unité de transplantation   pulmonaire du CHUV.

 Pneumonie dévastatrice

Greffer deux poumons constitue aujourd’hui une opération habituelle. Mais le cas de Lise sortait de l’ordinaire. Atteinte d’une tuberculose voici quinze ans, la jeune femme s’était bien remise. Mais l’été 2008, une pneumonie, puis des infections à répétition et des difficultés respiratoires amènent la patiente au CHUV.

En mars 2009, elle doit subir l’ablation de son poumon droit. Des complications débouchent sur une seconde opération. Mais l’état de Lise se dégrade, seule une greffe   peut la sauver. Problème majeur : les structures (vaisseaux sanguins et voies aériennes) reliant le poumon au cœur avaient été obturées lors de l’ablation de son organe droit. Lise ne peut recevoir qu’un seul poumon.

 Un choix novateur

Ainsi, lorsqu’un donneur avec deux poumons compatibles a été annoncé, le chirurgien se trouvait devant un dilemme. « J’avais deux techniques possibles pour greffer un poumon mais aucune n’était vraiment satisfaisante, et les chances de survie étaient faibles. » Alors l’opération de huit heures dans laquelle le patron de la chirurgie thoracique et vasculaire du CHUV s’est lancé le 24 février dernier restera dans les annales. Car elle constitue une première mondiale. Pour pouvoir greffer deux poumons, le chirurgien décide de tenter la réparation des vaisseaux coupés, ce qui n’avait jamais été fait. « Je ne savais pas ce que j’allais trouver. » Un choix totalement novateur exigeant un timing à la seconde près et des compétences chirurgicales d’orfèvre.

« Pour nous, c’est un miracle », confie David, le mari de Lise. L’ingénieur ne lâche pas le mot au hasard. « Nous croyons en Dieu et nous avons confiance dans la science. Nous témoignons pour encourager le don d’organes », commente le couple helvético-kényan domicilié à Neuchâtel, parents d’un garçon de 6 ans.

Lise a pu quitter le CHUV deux mois et demi après l’opération. Elle vit aujourd’hui quasi normalement. « On s’est promené au Chasseral sans problème ! » se réjouit son mari. Face à Lise en pleine forme, le chirurgien reste encore ébahi par la récupération rapide de sa patiente. « Ces deux poumons sont tombés du ciel, commente modestement celui qui a signé un exploit. C’est d’abord un travail d’équipe. » Pneumologues, chirurgiens thoraciques et cardiaques, intensivistes, anesthésistes, infirmières : une quarantaine de personnes se sont mobilisées pour permettre à Lise de renaître à la vie.


Source : FRANCINE BRUNSCHWIG | 10.06.2010 | 00:02


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