Polémiques autour des banques autologues de sang de cordon

mardi 26 janvier 2010
par  Pierre PETITGAS, Yolande BERTRAND-LABORDE
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Autrefois considéré comme un "déchet hospitalier", le sang de cordon   ombilical est désormais l’objet de vifs débats en France. Les spécialistes se divisent quant à la légitimité pour les parents de conserver le sang de cordon   de leur enfant dans une banque autologue  . La question est de "savoir s’il faut stocker les échantillons uniquement dans des banques publiques, avec un fonctionnement gratuit et solidaire comme pour toutes les greffes d’organes. Ou si peut aussi se développer un système privé, payant, pour un usage plutôt personnel ou intrafamilial".

Nombre de banques privées dans le monde proposent aux parents de conserver le sang de cordon   de leur enfant dans une visée autologue  , c’est-à-dire "dans l’optique de pouvoir le soigner un jour avec ses propres cellules s’il devait déclarer une grave maladie". Mais jusqu’à présent, le système de stockage français "est uniquement public, pour pratiquer des greffes allogéniques - d’un individu à un autre -, dans le cadre de leucémie   ou de maladies rares". Or le député Damien Meslot a déposé le 5 novembre 2009 une proposition de loi, "cosignée par 58 députés" et visant à autoriser la création de banques autologues privées (Voir la Synthèse de presse du 05/01/10). Cela a suscité des réactions contrastées dans le milieu médical.

Sang de cordon Face à la polémique, l’Agence de biomédecine (ABM  ) a pris position. Elle regrette la désinvolture de ceux qui proposent la conservation de sang de cordon   à visée autologue   alors que "cette médecine régénérative n’a pas fait ses preuves".

Mme Prada-Bordenave, directrice générale de l’ABM  , explique que "la médecine régénérative n’en est qu’à ses balbutiements" et qu’en l’état actuel, "on sait que l’on ne soignera pas un enfant avec son propre sang". Pour soigner une personne atteinte d’une leucémie  , "il faut une différence" pour que la greffe   marche. Des travaux de recherches importants montrent que, "souvent, lorsqu’un enfant déclenche une leucémie  , les cellules leucémiques étaient déjà présentes au moment de sa naissance et que, à tout le moins, la faiblesse qui a permis le développement de cette leucémie   était présente". Elle s’irrite ainsi de voir que "les sociétés commerciales qui ont développé ces activités prélèvent 2000 euros pour du rêve".

En effet, la discorde se focalise autour du "développement de sociétés à but lucratif" proposant la conservation du sang de cordon   des enfants venant de naître "contre rémunération des familles". Sur son site Internet, la société britannique CryoGenesis spécialisée dans le stockage de sang placentaire   "n’hésite pas à afficher ses clients tels que le footballer Thierry Henry et le chanteur Rod Stewart, afin de séduire le grand public". Elle use d’arguments apparemment convaincants : "Vous voulez le meilleur pour votre enfant ? Stockez le sang de son cordon ombilical. Dans l’avenir, il aura ainsi à sa disposition ses propres cellules souches  , qui permettront peut-être de le guérir d’une grave maladie".

D’après le Pr Noël Milpied, président de la Société française de greffe   de moelle et de thérapie cellulaire, le fait de "conserver le sang de cordon   à titre privé" représente un "pari sur l’avenir qui n’est pas validé par les connaissances actuelles en matière médicale". En effet "’sur 230 essais cliniques dans le monde avec des cellules de sang de cordon  , seulement trois concernent des greffes autologues (...) dans le cadre de diabète ou de greffe   cérébrale". Alors qu’un tiers seulement des prélèvements seraient susceptibles d’être utilisés, "ceci n’empêche pas les banques privées de faire payer aux parents la conservation de ce produit sans utilité future". En outre, si ces banques ouvraient en France, "cela serait la première fois qu’un produit du corps humain serait soumis à la loi du marché". Pour lui, la proposition de loi de Damien Meslot "ne sert aucun intérêt thérapeutique et va à l’encontre des principes de solidarité et d’égalité d’accès jusqu’alors défendus par les lois de bioéthique. Elle fait courir le risque d’une vraie dérive mercantiliste".

Alors que le nombre d’allogreffes "a été multiplié par 5 en cinq ans", la France "n’est pas très en avance dans ce domaine. Moins de 10 000 échantillons de sang de cordon   sont stockés, quand 30 000 seraient nécessaires", et "64% des cordons greffés viennent de pays étrangers". La France doit donc "faire un effort pour se mettre à niveau" estime Mme Prada-Bordenave, "c’est une obligation morale, mais aussi financière, parce qu’acheter les greffons à l’étranger coûte très cher". Le gouvernement, précise-t-elle a "décidé d’augmenter considérablement les moyens des banques". Le territoire français compte actuellement 5 banques et une dizaine de maternités, publiques ou privées, qui prélèvent le sang de cordon  . Leur nombre "devrait passer très prochainement à une vingtaine", l’objectif étant "d’arriver à une maternité par département".

Elle rappelle enfin l’importance de la sécurité sanitaire dans ces prélèvements. "Si l’on veut soigner des maladies aussi graves que celles dont on parle, on ne peut les soigner que dans des conditions de sécurité sanitaire parfaites".

Le député Damien Meslot affirme quant à lui avoir souhaité ouvrir le débat "parce que la France était en avance et que maintenant elle est en retard". Faire appel au privé, dans un cadre réglementaire, pourrait selon lui "faire avancer les choses. Et pourquoi pas, faire prendre en charge les coûts par les mutuelles". Une proposition qui ne va pas dans le sens de celles du rapport parlementaire sur la bioéthique présenté par Jean Leonetti.


Sources :
- Le Figaro (Sandrine Cabut) 22/01/10
- Le Quotidien du médecin (Emmanuelle Prada-Bordenave, propos recueillis par Stéphanie Hasendahl) 22/01/10
- L’Express.fr (Valentin Legris) 21/01/10


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