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Ils donnent leurs RTT pour soigner Alain

mercredi 16 mars 2011, par Pierre PETITGAS

À Mandeure, les salariés de Fuji Autotech ont donné des jours RTT à une collègue dont le mari est atteint d’un cancer.

« Mille mercis ! »

Est-il besoin d’en dire plus ? Les voix nouées par l’émotion, les yeux embués de larmes et les silences lourds de sens en disent plus long que les phrases alambiquées. Ce vibrant « Merci », Evelyne et Alain Humann, d’Arbouans, l’adressent au personnel de leur entreprise, Fuji Autotech, basée à Mandeure.

Témoignage Evelyne et AlainVoici un an, des collègues ont décidé de « donner » leurs jours RTT individuels à Évelyne, dont le mari est atteint d’une maladie grave, un lymphome non hodgkinien : « J’avais épuisé tous mes jours, même des congés sans solde, pour veiller mon mari à l’hôpital de Besançon. Grâce à mes collègues, j’ai gagné 65 jours de plus. Mon directeur s’est renseigné, c’est légal », explique Évelyne, qui travaille depuis trente-deux ans à Mandeure (Alain a trente-cinq ans d’ancienneté).

« Ils me disent toujours un petit mot pour Alain »

Pour ce faire, le responsable des ressources humaines et les syndicats ont passé un accord-cadre. « On le dit assez quand ça va mal dans une entreprise. Il faut mettre en avant les choses positives. » Alors, oui, que dire de plus ? Peut-être que le geste, tellement rare, fait encore croire à la force du collectif dans une société où l’individualisme grignote un peu plus de place chaque jour, que les attentions quotidiennes sont importantes : « Mes collègues me disent toujours un petit mot pour Alain. Ils ne m’ont jamais laissée tomber. »

Évelyne reconnaît que, grâce à ce mouvement généreux, les problèmes financiers ont été moindres : « J’ai eu moins de questions à me poser. » Cette solidarité, qui force l’admiration, aide le couple à avancer malgré les terribles épreuves auquel il est confronté depuis trois ans.

« Sans mon épouse, je n’aurais pas supporté certains moments... »

La maladie fait son apparition en 2007, insidieuse mais déjà bien présente : « Je me suis fait mal au dos en portant une charge. Une grosse masse était visible à l’échographie. » Le diagnostic est ressenti comme un coup de tonnerre.

Le jargon médical dit si peu des souffrances endurées : opération, chimiothérapie, autogreffe en 2008, récidive, nouvelle chimiothérapie, allogreffe fin janvier grâce à un don de moelle osseuse de son frère Philippe (le seul compatible), traitement antirejet, quinze pilules par jour… : « Je voudrais aussi dire merci à mon frère », parvient à articuler Alain. Ancien sportif, ce chef d’atelier aujourd’hui en invalidité court un tout autre marathon mais se bat sans relâche. Son regard bleu, même fatigué, est alerte. « Il a toujours été très courageux », dit de lui sa femme. « Sans mon épouse, je n’aurais pas supporté certains moments, surtout la chambre stérile », indique-t-il.

L’homme a des messages à faire passer : « Il faut dire aux gens à quel point un don de moelle osseuse ou de sang est vital. » Rien n’est gagné, c’est vrai : « J’aimerais que la maladie nous laisse tranquille », note doucement Évelyne. Mais chaque jour qui se lève fait renaître l’espoir. Et, chaque jour, dans leur jardin, les fleurs continuent à pousser.


Source : Aude LAMBERT - Est Républicain
Évelyne et Alain, un amour, un courage, une dignité à toute épreuve.
Photo Jean-Luc GILLMÉ